L’Instase sexuelle
Dans les articles, les vidéos, les témoignages et les présentation sur la sexualité épanouie, je trouve que les gens parlent beaucoup d’orgasmes fabuleux, du nombre d’orgasmes, du multi-orgasme et autres extases. Il y a une surenchère du toujours plus, plus fort et plus haut. Ce qui est fondé comme de devise pour les jeux olympiques et justifie la course effrénée d’une société de consommation n’est pas forcément approprié lorsqu’il s’agit de l’intime.
C’est presque la nouvelle mode de consommation que d’avoir une sexualité plus ouverte, plus intense et plus colorée. Dans les vidéos de formateurs et autres experts que je vois, il y a quelque chose qui me gène. On parle beaucoup d’intensité, de quantité c’est vrai mais peu d’intimité, d’intériorité.
C’est vrai que j’expérimente beaucoup de sensualités, de jouissances et de voluptés mais ce n’est pas le plus important. Au delà de tous ces plaisirs, il y a un calme profond, une plénitude immense qui est grandiose. Comme la montagne, comme le désert, comme la mer ou comme une nuit étoilée. Il y a un silence. Un recueillement. Une grande satiété qui fait que les besoins sexuels sont amoindris.
Je suis toujours disponible à la sexualité mais si je me retrouve célibataire, sans relation sexuelle pendant des mois voire plus d’un an, ce n’est en aucune façon un problème. Tout va bien. Je vais bien. Heureux de mon corps. Heureux des connexions sensuelles dans la danse ou le massage. Je ne suis plus frustré, aigri ou en colère contre la vie comme j’ai pu l’être avant.
Quand on a des désirs, on a tendances à projeter ces désirs sur des objets. C’est peut-être encore plus vrai pour la sexualité. Mais ce qu’on désire profondément quand on a des désirs, c’est ne plus avoir ces désirs. Obtenir l’objet désiré apporte une satisfaction. Mais elle n’est que temporaire. Après le désir prend une nouvelle forme. Quand je me suis épuisé à chercher à l’extérieur, j’ai commencé à regarder à l’intérieur. C’était sombre, très sombre. Et peu à peu, mes yeux se sont habitués à ce manque de lumière.
Elle n’était pas aussi obscur. J’ai commencé à distinguer des formes, à percevoir des couleurs. Mes yeux voyaient de mieux en mieux dans cet intérieur.
En mettant notre énergie vers l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur, nous nous trouvons, nous nous acceptons de plus en plus. Nous nous aimons aussi. C’est là que se trouve ma richesse. En moi, pas en l’autre. Parce que chez l’autre je ne vois que deux choses. Ce que j’aime et ce que je n’aime pas. Ce que j’aime chez l’autre, c’est ce que je reconnais de moi en lui. Ce que je n’aime pas chez l’autre, c’est ce que je n’ai pas encore accepté en moi.
On raconte que le trésor des hommes a été caché par les dieux à l’endroit le plus inaccessible du monde : chez lui, au plus profond de son coeur.
Il y a cette expression : “extase sexuelle”. Extase, étymologiquement, vient de ex (en dehors) et stase (se tenir). Signifiant le plaisir qui submerge quand on est transporté hors de soi. C’est une vision excentrique. Vers l’extérieur. Vers l’autre. Vers des objets ou des situations externes. Alors je voudrais te parler d’”instase sexuelle.” Le mot instase existe. Il désigne bien la démarche d’intériorisation intense qui amène au sublime. Le mouvement concentrique. C’est bien ce dont il s’agit. Se retrouver. A l’intérieur de soi.
De se rendre compte que je suis merveilleux. Pas en comparaison autres, non. Il n’y a aucune comparaison. Il y a seulement moi. Profond. Intime. Confidentiel. Majestueux. A ce moment là, ma partenaire devient aussi profonde, intime, confidentielle et majestueux.
Autant la quête externe est infinie parce que l’herbe est toujours plus verte ailleurs, ou du moins pourrait l’être. Autant la quête interne s’arrête quand on s’est trouvé. Et même si on ne s’est pas totalement trouvé, chaque pas nous rapproche du centre, du but. Alors que pour une quête extérieure, chaque pas nous fait avancer mais nous ne sommes pas sûr que ce soit dans la bonne direction. Des fois on se perd en chemin. On fait des détours. On revient sur nos pas. Vers l’intérieur, chaque pas nos rapproche de nous-même.
Concrètement, la première fois que je l’ai vécu, c’était après avoir fait l’amour intensément. Nous avons été passionnés, fougueux, sauvages. Nous avons grogné, chanté, gémi, crié, pleuré. Nous avons même eu des fous rires. Tout ça vraiment pendant que nous faisons l’amour. Pas après. Vraiment pendant. Après il y a eu le halo de ma partenaire autour de moi. Ce n’était pas une image. C’était vraiment tactile. Je le ressentais quand je fermais le yeux. Les yeux ouverts, mon mental était happé par l’extérieur.
Les yeux fermés, je percevais sa présence dans tout mon être. Quand je me suis retrouvé seul ce jour là, je sentais toujours sa présence, son halo d’être. Ici, avec moi, en moi, autour de moi. Je respirais avec elle. Je respirais dans elle. Une sensation vraiment palpable. Mes veines palpitaient dans sa douceur. Elle était en moi. Je sentais sa présence en moi. Mais pas que ça présence. C’était un univers entier. Tout un univers était là, ici, maintenant. J’étais l’univers.
L’extase c’est quand on est transporté à l’extérieur de soi dans l‘univers.
L’instase c’est quand l’univers s’est transporté à l’intérieur de soi.
Alors oui, il y a des orgasmes. Plus ou moins forts. Des orgasmes vaginaux ou clitoridiens. Des orgasmes énergétiques. Des feux d’artifices. De grands feux d’artifices. Mais rappelle-toi, aussi long et magnifique que peut être un feu d’artifice avec un spectacle musicale et pyrotechnique, cela ne sera jamais aussi grandiose qu’une belle nuit étoilée d’été. Et que la plus magnifique des nuits étoilées sera toujours moins immense que la conscience qui la perçoit et l’englobe : Toi.