La Reine vs la Princesse

La Princesse se veut belle pour plaire. Elle cherche à être la plus belle du bal. Elle est en compétition avec les autres femmes. Profondément elle a peur. Peur de ne pas être assez bien, peur de ne pas être choisie, peur de ne pas être aimée. Sa question préférée est “Est-ce que tu m’aimes ?”. Elle peut la poster sur les réseaux sociaux avec un nombre de selfies qui attendent les likes. Dans la relation amoureuse, cette question peut se cacher dans la déclaration : “Je t’aime” avec un silence qui attend la réponse réciproque.

Cette peur risque d’amener un comportement d’effort dans la sexualité : “Je n’ai pas vraiment de plaisir à faire ça mais je le fais pour toi” avec un sous-entendu “pour que tu m’aimes, pour que tu ne me quittes pas, pour que tu me donnes ce que je te demande”. Dans la sexualité, cela peut concerner le nombre de rapports, des pratiques sexuelles particulières. C’est accepter des choses qui ne lui font pas plaisir pour faire plaisir à son partenaire.

Pour peu qu’en face c’est un prince, il pourrait se sentir valorisé par telle ou telle expérience et c’est le début de l’enfer pour la Princesse avec du ressentiment, des reproches non exprimés, d’une ardoise mentale avec la liste des choses qu’elle a faite pour lui. Inconsciemment, ou plus ou moins consciemment, il peut même s’installer une relation commerciale : la femme donne du sexe, l’homme donne ce qu’elle demande. D’ailleurs “donner” pour ”recevoir” c’est échanger, c’est acheter. Ce n’est pas donner, ce n‘est pas offrir.

Cela inscrit forcément la relation sexuelle dans un registre différent.

La Reine n’a plus besoin d’être belle et n’a plus besoin de plaire. Elle ne se demande pas s’il l’aime. Comme Katie Byron dit “Est-ce que je t’aime ?” est la bonne question. C’est la seule chose qui doit m’importer. “Est-ce que tu m’aimes ?” est une prison, une salle de torture. Elle n’a pas besoin d’être aimée pour se sentir bien, elle s’aime déjà. Elle ne demande rien à son partenaire et est prête à lui offrir une part d’elle. Sans se forcer, en respectant ses envies et ses non-envies.

Elle n’a pas peur de perdre alors elle est vraiment libre de donner, pour le plaisir de son partenaire. Comme c’est complètement sans arrière, c’est de la générosité, c’est le don de soi. Alors elle prend un plaisir total à caresser, à embrasser, à accueillir en elle par là où porte son désir. Avec légèreté, avec générosité. C’est comme pour les massages. Il y a des masseurs qui ont des gestes très professionnels, qui sont efficaces mais j’ai l’impression d’être un tas de muscles, de peau et d’os à manipuler.

Il y a des masseurs qui me donnent l’impression d’être aimé par leurs mains. Et cela indépendamment de la force, de la vitesse des mouvements. Cela se sent. Je ne sais pas comment mais cela se sent. Je peux jouir et sentir que c’était la mécanique de mon corps qui a amené à l’éjaculation. Je peux ne pas éjaculer et me sentir rempli de la présence de ma reine plusieurs heures après l’avoir quittée. La relation sexuelle avec une Reine me nourrit profondément, nul besoin de quantité quand la qualité est là.

Pas besoin de multiplier les différentes types d’expériences avec une Reine mais cela se fera naturellement. Parce que la sexualité peut être créativité quand elle n’est pas contrainte, quand elle n’a pas de but, quand elle est vraiment gratuite. Donc psychologiquement j’ai moins envie d’explorer mais physiquement l’exploration se fait tout naturellement.

Rien n’est inscrit dans le marbre, des fois elle est Princesse, des fois elle est Reine. Il n’y a pas non plus à chercher à être Reine, cela viendra naturellement, au rythme de chacune. Il y a des Reine de vingt ans, il y a des Princesses de 50 ans. On peut lire dans les magazines des femmes de 40 ans qui se disent plus épanouies sexuellement, j’ai une hypothèse personnelle. A 20 ans, elles avaient beaucoup d’espoirs dans le genre masculin, elles voulaient rencontrer le Prince charmant.

A 40 ans, elles ont été suffisamment déçues par les hommes pour beaucoup moins attendre d’eux. Elles connaissent aussi mieux leur valeur, elles ont vécu une partie de leur vie d’adulte avec des expériences riches. Moins d’attente c’est plus de liberté et de légèreté. Les choses dans la sexualité peuvent se faire plus naturellement, sans effort. Mais moins d’attente ne veut pas dire moins exigeante. Au contraire, comme il y a moins de peur, elles sont libres, elles pratiquent plus le principe “Il vaut mieux être seule que mal accompagnée”.

Je trouve que la sexualité avec une Princesse ou un Prince, c’est comme une belle pâtisserie. C’est joli, ça donne envie, on bave devant et c’est un régal en bouche quand on le mange. Mais on sait que ça ne suffit pas au corps. On sait qu’on a fait passer l’effet secondaire, le plaisir, devant le besoin premier, à entretenir le corps.

Une sexualité avec une Reine ou un Roi, c’est comme un jus de légumes verts. C’est des vitamines et des sels minéraux. C’est nourrissant, ça nous rend plus vivant, en meilleure santé et c’est profondément ce dont on a besoin.

Mes yeux regardent encore les pâtisseries mais mon corps n’accepte de manger que du jus de légumes.