La parole du maître est souvent déformée par le peuple
Sur les réseaux sociaux, on peut voir souvent des citations courtes données par tel ou tel sage ou grand scientifique. Des phrases pleines de sens qui peuvent nous toucher et nous faire prendre conscience de certaines vérités. Malheureusement, les personnes qui citent ces belles paroles ne les comprennent pas forcément et véhiculent une mauvaise interprétation du sens initial surtout quand tronquent la phrase croyant avoir dit l’essentiel alors que l’essentiel était dans la partie coupée.
Socrate répétait aux hommes qu’il côtoyait “Connais-toi toi même.” Dis comme cela, on a l’impression d’une publicité pour la psychanalyse, la promotion d’une démarche complètement centrée sur soi d’une grande autosuffisance. Sauf que Socrate était grec, et il faisait référence à l’inscription sur le fronton du temple de Delphes, connu pour les oracles d’Apollon par la Pythie.
Et l’inscription complète était “Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux” qui est une invitation à une démarche hautement plus élevée que le connaissance de soi comme finalité. Ce soi est la porte vers le tout, c’est donc seulement un moyen.
En cours de philosophie, Descartes a écrit : “Je pense donc je suis”. Ce cogito ergo sum. C’est vrai. Cette citation philosophique est devenue la promotion du mental, de l’esprit, de la logique sur les autres dimensions humaines. La pensée est mis au même niveau que l’être. Ce qui a pour effet de favoriser notre identification à nos pensées.
En réalité la phrase complète est “Dubito ergo cogito, cogito ergo sum, sum ergo Deus est.’(du latin : ‘Je doute donc je pense, je pense donc je suis, je suis donc Dieu est/ existe.” Une démarche pour prouver l’existence de Dieu, une puissance supérieure en partant d’une déduction logique. Cela change toute la philosophie des propos.
“La meilleure défense c’est l’attaque”. Forcément dit comme ça, cela vous donne l’impression que le conseil donné est qu’il faut attaquer le premier. C’est le contraire qui est dit. Alors que le principe initial, tiré des arts du combat et de la guerre, est “La meilleure défense c’est l’attaque sur l’attaque”. C’est l’essence de l’aïkido qui est surtout basé sur des techniques de parades. C’est le fondement des anti-missiles, puisqu’ils ne servent qu’à détruire les missiles et non pour détruire l’ennemi.
C’est aussi l’utilisation des chaudrons d’eau ou d’huile bouillante, utilisés dans les châteaux forts, pour tuer les attaquants contrairement aux catapultes qui étaient destiné à tuer les ennemis de loin.
Quel rapport avec la sexualité heureuse ? C’est une invitation à remettre en question tout ce que nous avons appris. Toute la sagesse de Bouddha, du Christ, des sages vivants ou non. Parce qu’à moins d’avoir entendu directement la personne dans le contexte où la parole a été effectivement dite, nous n’avons que du remâché de ce qui a été compris par la ou les personnes qui nous l’ont transmise.
Le plus grand ennemi de la sexualité heureuse, c’est la connaissance. Parce que souvent, ce que nous croyons être connaissance n’est que croyance. Mais c’est impossible de distinguer les deux à priori. C’est qu’à posteriori qu’on se rend compte qu’une affirmation était fausse. Qu’elle était donc croyance. La seule solution que je connaisse, c’est de tout remettre en question. Accepter de ne rien savoir pour pouvoir vivre l’expérience pleinement.
Pour ainsi dire, toutes nos difficultés viennent de ce que nous pensons sur la sexualité, ce que nous croyons savoir.
Pendant des années, j’ai cru que c’était à l’homme de faire des efforts pour qu’une femme fasse l’amour avec lui. Jusqu’au jour où une femme a fait l’aller-retour Lyon-Marseille dans l’après midi pour pouvoir faire l’amour avec moi. Et c’était notre première fois.
Vraiment, tout oublier. Se centrer que sur le présent. Ici et maintenant. Il n’y a plus “les hommes”, “les femmes”, “le masculin”, “le féminin”. Il y a seulement moi, ma partenaire, ici, maintenant.