La fin d’une relation, ce séisme (presque) inévitable.
Pour celles et ceux qui ont déjà vécu la fin d’une relation importante, elle peut se révéler être une période très déstabilisante voire traumatisante. Comment un être avec qui j’ai passé tant de temps, avec qui j’ai eu des échanges si intime psychologiquement, physiquement, sexuellement peut se montrer aussi différent du jour au lendemain ? Comment se fait-il qu’après plusieurs mois ou années, je me sens si incompris dans mes blessures, ma solitude, mes peurs, mes attentes ?
Pourquoi est-ce que j’ai l’impression de m’en prendre plein la figure ?
La réponse est simple : les petits mensonges, les sous-entendus et les petits efforts de chacun se sont accumulés tout au long de la relation. La fin de la relation, c’est le moment du bilan obligatoire. Jusque là, il y avait encore l’espoir que les choses vont se faire, que j’aurai ce que je veux de toi si je te donne ce que je crois que tu veux de moi.
Le joueur compulsif n’est pas malheureux tant qu’il joue. Tant qu’il joue, il a l’espoir du gain. A chaque pièce qu’il met dans la machine à sous, il savoure par anticipation le gain qu’il va recevoir. Ce jackpot qui va combler sa vie. Ce gros lot qui a effacé tout l’argent qu’il a mis dans la fente. Mais au moment où il s’arrête, tout ce rêve va s’effondrer. L’argent sera bel et bien perdu. Le temps qu’il a passé au casino aussi. Tous les problèmes qu’il voulait résoudre par l’argent vont arriver inévitablement.
On comprend mieux aussi pourquoi il joue, et perd autant. A chaque pièce, il se demande “Est-ce que je prends le risque de perdre cette pièce avec la possibilité de gagner le gros lot, ou est-ce que j’arrête et je dois assumer le fait d’avoir perdu mille euros ?” C’est très tentant dans ce cas de remettre juste une pièce.
Le problème, c’est que maintenant il se demande “Est-ce que j’arrête et je dois assumer la perte de mille et un euros, ou alors je joue juste un euro avec la possibilité de tout récupérer et d’avoir un pactole ?” Le choix est malheureusement encore évident.
Le jour où la relation s’arrête, c’est le jour où on ferme la machine à espérer. Bye bye le projet de couple parfait. Au revoir ma sécurité affective, financière, sociale. On doit faire les bilans, on peut même dire on fait ses comptes. On se rend des comptes. Chacun présentant à l’autre l’addition de tous ses efforts, toutes les frustrations endurées, tout ce qui a été accepté pour atteindre la vision d’une relation heureuse.
Tout ce que je ne t’ai pas dit sur moi, mes vraies attentes, tout ce que j’ai fait pour toi, je vais te le montrer maintenant.
Réclamer mon dû. Je vais te révéler mon vrai visage parce que je ne peux plus le cacher, je ne veux plus me cacher. Et voilà comment deux personnes qui se sont réellement aimés en arrivent à se détester. S’ajoute à cela le fait que tous les efforts de l’autres semblent dérisoires par rapport aux bénéfices que j’ai reçus, parce que j’ai plus tendance à oublier les choses positives mais pas les négatives. Donc je dénigre l’autre dans ses intentions et ses actes.
Bien sûr, l’autre fait pareil, en pire même, et là on comprend à ce point que le séisme était inévitable.
Alors d’où vient le “presque” dans le titre.
Il y a deux choses qui peuvent éviter ou au moins atténuer ce séisme. Les séismes sont des phénomènes de réajustement des forces de frictions dans la tectonique des plaques. Quand deux plaques s’avancent l’une vers l’autre de plusieurs centimètres par an les contraintes sont considérables et doivent être libérées à un moment ou à un autre.
Voici la première piste pour éviter le gros séisme : accepter les petits plus fréquemment. Accepter que l’autre soit différent de moi, même si nous nous somme rencontrés à un moment où nous étions en parfaite connexion. Le temps, la vie, le mouvement font que chacun va forcément un peu bouger. Admettre que j’ai des attentes envers l’autre. Les formuler régulièrement. Ce seront des petits moments difficiles, avec des risques de conflits. Mais c’est plus facile de gérer cent petits conflits de difficulté 1 qu’un gros conflit de difficulté 100.
Reconnaître que je fais des efforts pour obtenir quelque chose de ma partenaire : la soutient, la sécurité affective, le sexe, l’harmonie du couple, la tranquillité, la complicité, le partage d’activités etc. Bien sur que c’est quelque chose de très difficile, on préfère le confort d’un petit mensonge, d’un non-dit, on veut oublier, on se dit que ce n’est rien et quelque part c’est vrai que ce n’est rien. C’est juste un euro à remettre dans la machine à sou … mais un euro après des centaines voire des milliers.
Dire les choses, se montrer le plus honnête et le plus authentique possible. C’est difficile sur le coup mais ça permet vraiment de remettre régulièrement les compteurs à zéro ou du moins les baisser significativement.
La deuxième piste c’est de regarder les choses de manière globale. Avertir le joueur qu’une fois qu’il sera pris dans la spirale du jeu, il n’aura plus ses capacités de raisonnement. Lui dire que plus il aura perdu, plus il aura tendance à continuer et s’il perd, plus il perdra. En fait, il ne faut pas jouer pour gagner. Surtout pas. Il faut jouer pour le plaisir de jouer. Partir du principe que l’argent mis dans la machine est perdu. Ce qui est vrai puisque les machines à sous modernes sont programmées pour rendre 80% de sommes perçues.
Cela revient à donner à sa partenaire, aimer sa partenaire sans attendre. Et si j’ai des attentes, en prendre conscience, prendre du recul dessus, dans la mesure de mes capacités. Concrètement, c’est se demander à chaque fois que je veux faire ou donner quelque chose : “Est-ce que je le fais par plaisir, envie de lui offrir ce cadeau, ce temps, cette attention parce que je l’aime ?
Comme donner de l’affection et de l’énergie à un nouveau né juste comme ça ?” ou alors “Ne serait-ce pas que je suis en train de lui faire plaisir parce que je veux qu’elle me fasse plaisir en retour ? Je vais lui offrir ce cadeau en échange de son affection, son amour, sa présence ?”
En réalité, dans le deuxième cas, j’investis. C’est brutale comme expression mais c’est vrai. Quand on donne quelque chose parce qu’on attend autre chose de plus bénéfique pour soi, c’est un investissement. Il n’y a pas de honte à le reconnaître. Je suis comme ça, je l’ai été et le serai encore. J’essaie d’être vigilant et de me retenir quand je vois mon impulsion de donner pour recevoir.
Pour distinguer un vrai cadeau d’un échange, je me pose la question suivante : ”Si je sais qu’elle va arrêter la relation la semaine prochaine, est-ce que je lui offrirai quand même ce bouquet de fleur ?” Si la réponse est oui, je lui offre volontiers. Si la réponse est non, j’attends que mes attentes se calment, je soigne mes blessures, mes peurs existentielles. Et si jamais je n’arrive pas à les dépasser, je peux quand même lui donner ces fleurs en prenant conscience que c’est une investissement.
En assumant les risques … et peut-être que je pourrais éviter de lui reprocher de ne pas me donner en retour ce que je voulais.
Cette démarche de relation authentique avec soi et avec l’autre demande du temps, de l’énergie et des efforts. S’il y a une chose que j’ai appris des disputes dans les ruptures, c’est à quel point nous pouvons nous mentir et mentir à l’autre pour obtenir ce que nous voulons. Mais aussi que tous ces mensonges créent inévitablement des tensions qui vont venir exploser un jour ou l’autre. Et même quand elles n’explosent pas, elles nous empêchent de nous laisser aller complètement pour vivre une sexualité légère, subtile et intime.
Nous ne sommes pas télépathes mais nous, nos capteurs sensoriels, savons reconnaître la tension quand il y en a une … même quand nous n’en sommes pas conscients ou ne voulons pas l’admettre.
Pour moi, la sexualité heureuse n’a jamais été un but à atteindre mais un indicateur de la qualité de la relation avec ma partenaire. Vivre une sexualité heureuse c’est la cerise sur le gâteau.
Ce qu’il y a de plus beau dans une telle expérience, c’est de se rendre compte que je peux vraiment aimer l’autre pour qui elle est et rester complètement moi-même, léger, intime, puissant, sauvage et subtil.