La culpabilité à recevoir
Hier une femme me partageait sa difficulté à rester passive et à simplement recevoir, recevoir et recevoir. Cela finissait par réveiller un sentiment de culpabilité. La peur de ne pas donner assez en retour. Il y avait l’idée que ça devait être un échange. Nous avons appris que rien n’était gratuit : que les bonnes choses sont des récompenses d’un bon comportement, à l’obéissance d’une morale, d’une règle. Tout a un prix, encore plus quand c’est du bon, du beau et du nourrissant.
Premièrement, dans la sexualité heureuse entre extra-alphas, il n’y a pas d’échange. Il n’y a que des dons. Je donne à l’autre ce que j’ai envie de donner. Ce qui me fait plaisir de donner. Si je donne à ma partenaire en espérant quelque chose de retour : de l’attention, des caresses, ma position ou ma pratique favorite je me place dans une transaction. Je te donne ceci pour que tu me donnes cela.
Pendant des années, j’ai fonctionné comme ça et mon expérience c’est qu’il y a toujours une petite insatisfaction, une minuscule amertume qui finit par grossir au fil du temps. Donner sans rien attendre de retour. C’est ça l’amour. C’est ce qu’on fait avec les bébés, on les nourrit, les change et ils ne font que pleurer, déféquer, dormir et ouvrir leurs yeux débordants de curiosité pour un nouveau monde. Si je ne peux pas donner et laisser l’autre sans rien faire en échange, je préfère ne pas donner.
Il vaut mieux donner beaucoup moins mais que cela soit sincère.
Deuxièmement, la personne qui reçoit dite “passive”, en vérité peut donner aussi. Elle peut donner sa présence, son écoute, sa vulnérabilité, sa confiance. Alors évidemment, si on filme, on ne verra rien objectivement. Tout ça ne se voit pas. On peut voir la personne qui caresse, au moment où elle caresse. Sur un film, on peut faire pause et dire “Là, il lui donne une caresse longue et lente” ou “Là, elle lui donne un baiser”. Mais dans un film, on ne pourra jamais dire “Là, elle lui offre sa confiance” ou “Là, il lui offre sa vulnérabilité”.
Beaucoup de choses ne se voient pas avec les yeux mais seulement avec le cœur. Je ne dis pas que celui ou celle qui reçoit donne toujours sa confiance, sa vulnérabilité, son écoute ou son ouverture. Il faut savoir écouter, être disponible et regarder profondément. Une personne qui reçoit peut être aussi dans un don immense. Il y a une belle expression : “se donner à l’autre” Et se donner soi, à l’autre, ça vaut bien mille baisers et caresses. Soi c’est ce qu’on a de plus précieux, non ?
Alors il n’y a plus de culpabilité à recevoir ce qui est donné, vraiment donné, par votre partenaire.