Je touche l’autre
Dans l’expression “je touche l’autre” l’ordre des mots donne l’ordre des points d’attention.
D’abord la conscience du “Je”, avant de toucher, avant de rentrer en relation. Regarder ce “Je”, visiter ce “Je”, habiter ce “Je”… voire le dépasser. Prendre le temps de reconnaître les envies, les attentes, les peurs, les manques, les frustrations, les blessures, les joies.
Accepter la responsabilité de tous ces sons intérieurs parce qu’ils forment un biais cognitif à la perception du monde, à toutes les perceptions de ce “Je”. Sans jugement, sans autocritique mais au contraire avec douceur et compassion. Quand je n’arrive pas à rentrer la voiture dans une place de parking, ce n’est pas la place qui est trop petite, c’est que je conduis une trop grosse voiture pour cette place. La place de parking est telle qu’elle est. C’est moi qui conduit la voiture, à moi de connaître ses dimensions.
Ensuite la conscience du “toucher” et prendre toute la mesure de son expression. Que ce soit le sol, l’air, la musique, la chaleur, la table, le tissu ou la lumière. Mais aussi les émotions telles que la peur, le désir, l’ennuie, la colère, la frustration ou l’émerveillement.
Si je touche le sol avec la main, avec l’orteil ou avec la joue, c’est très différent. C’est toujours “Je” et c’est toujours le “sol” mais le ressenti est bien différent. De la même façon que si je “touche” avec la curiosité, la peur ou la joie.
Ce qui me touche déjà change la façon dont je vais toucher. Alors je peux développer cette sensibilité par le silence, par la patience, par la respiration. Attendre que la tempête intérieure se calme avant de faire un pas à l’extérieur et choisir, si je peux, la façon de toucher. Prendre des précautions pour changer la qualité du toucher. Comme rajouter des rétroviseurs, une caméra de recul et une direction assistée. Ça ne change pas la taille de la voiture mais ça lui permet d’être plus manœuvrable.
Enfin, on arrive à “l’autre” qui est un monde, un univers inconnu : délicat comme un nuage ou solide comme une montage, grondant tel le tonnerre ou silencieux telle une pleine lune me confrontant à ma crainte de mal faire, mon envie d’explorer la relation ou mon avidité.
Un équilibre entre ce que je sais et ce que je ne sais pas de l’autre, entre l’appel d’avancer et la peur qui fait reculer, entre proposer et accueillir. Revenir à cette écoute du moment parce que ce que le passé n’est plus forcément vrai, seul reste de présent. Pour y accéder : l’écoute. L’écoute des sensations de mon corps, de l’autre corps, des respirations, des vibrations, des mouvements, du sol, de l’espace, de l’air.
Apparaît alors le silence du mental, la présence de l’univers qui est une autre expression de ma présence à l’univers.