Gratitude vs Colère

Dans la sexualité, la colère est une termite qui mine la relation au fil du temps. Pour expliquer le sujet, je vais commencer par donner un exemple sur un autre sujet que la sexualité pour avoir un thème plus neutre.

La danse libre est une passion pour moi. Elle nourrit profondément mon corps, mon cœur et mon esprit. Alors après 2 mois de confinement à cause du coronavirus, j’étais impatient de pouvoir redanser. Malheureusement, la limitation des rassemblements à 10 personnes interdisait de fait la reprise des cours puisqu’aucun prof ne peut financièrement limiter ses cours à seulement 10 élèves. C’est ainsi que j’ai décidé d’organiser un atelier privé, avec des amis danseurs. Je m’occupe de tout et chacun participerait aux frais..

Il faut dire que je suis assez actif pour soutenir ce mouvement de danses libres parce que je trouve que c’est un endroit magnifique d’expression du corps, de liberté, de connexion, de lâcher prise. J’avais déjà créé un site internet et des groupes sur les réseaux sociaux pour soutenir ces pratiques.

L’atelier est rapidement complet et j’ai même dû refuser plusieurs personnes à regret parce que je sais à quel point ça peut manquer de ne pas danser pour des pratiquants réguliers comme nous. Comme c’était un moment particulier où on venait de sortir du confinement de deux mois et qu’il y avait un climat très insécure au niveau sanitaire, il y a eu plusieurs désistements. Chaque annulation était une source de stress parce que je voulais absolument remplir l’atelier et permettre à un maximum de danseurs de venir.

Je faisais ça pour la communauté alors il fallait que ça soit au mieux pour elle. Le summum était l’annulation le matin de l’atelier. Une femme qui avait bien réservé et payé mais qui a décidé au dernier moment de ne pas venir. Je comprenais ses motivations, je voyais bien l’ambiance générale avec toutes ces peurs exacerbées. Mais ce désistement de dernière minute a créé un fort stress et une grosse colère par rapport à ce qui m’arrivait. Une grosse boule au ventre vraiment intense était là. C’était une contraction, presque une crampe.

J’ai contacté les personnes en liste d’attente. Évidemment, comme l’atelier était le jour même, elles se sont toutes organisées autrement. J’ai eu cette boule toute la matinée.

Le soir à l’atelier de danse tout s’est très bien passé. J’ai eu une grande joie de partager enfin la danse avec les danseurs présents, d’autres énergies dans un espace dédié. Pour tout le groupe, c’était un vrai bonheur, la joie danser de ensemble, de se connecter les uns autres aussi bien par la danse. J’ai ressenti une grande gratitude pour ces personnes qui sont venues danser avec moi. J’ai réalisé à ce moment-là que j’avais organisé cet espace pour ma joie et mon bonheur. Ce n’était pas vraiment pour les autres, c’était pour moi.

A ce moment-là, la colère était complètement partie, la gratitude m’a envahi. J’étais très ému que ces danseurs soient venus danser pour moi, pour remplir l’espace de danse de leur présence, de leurs émotions, de leurs mouvements. J’ai besoin de danser avec les autres. En fin de compte, je réalise que je n’avais aucun droit de leur demander quoique ce soit, à toutes ces personnes. Ces gens qui se sont inscrits et sont venus, ces gens qui se sont désinscrits, ces gens sur la liste d’attente et qui se sont prévu autre chose après.

Ils ne me doivent rien.

Quand j’ai intégré le fait que je n’ai aucun droit sur eux, toutes leurs actions, les confirmations, les annulations me sont apparus comme les pièces nécessaires d’un grand puzzle pour construire cet atelier où j’ai pu danser de tout mon souffle. Je leur devais ma joie de cette danse. Je leur en étais reconnaissant.

Voilà comment je suis passé de la colère à la gratitude.

Dans la sexualité, c’est exactement la même chose. Toutes ces attentes que j’avais ont gravement nui à mes relations. J’étais assez timide et j’ai mis longtemps pour avoir la première une relation. Pour dire, j’étais encore vierge à 25 ans. Dans cette première relation, j’avais toujours des attentes non satisfaites par ma partenaire. Avec le temps, elle a réussi à répondre à certaines de ces attentes, mais alors j’en ai eu d’autres qui arrivaient et du coup j’étais encore insatisfait.

J’étais comme les enfants gâtés qui demandent des pieds et des mains pour un jouet et une fois obtenu demandait rapidement un autre. C’était une espèce de courses impossibles pour ma partenaire et moi. Au final, c’était pour moi une longue période de frustration et d’insatisfaction. Evidemment, c’était le gros point négatif dans la relation. J’avais tout le temps cette frustration et cette colère qui n’étaient pas toujours conscientes d’ailleurs.

C’est après être sorti de la relation que j’ai réalisé à quel point il y avait de la colère et des reproches en moi. Et honnêtement, faire l’amour avec un homme qui n’arrête pas de vous faire des reproches et qui est toujours insatisfait, ce n’est pas la meilleure situation pour l’épanouissement d’une femme. Je ne dirai pas que c’était la cause de notre séparation mais ça y a largement contribué.

Plusieurs années après la fin de cette relation, j’ai fait une fiche de travail pour faire le point. J’ai vu plus clairement tout le mécanisme que j’ai raconté. J’ai vu mon ingratitude. J’ai vu mes exigences. J’ai réalisé que dans l’absolu ma partenaire ne me devait rien. Tout ce que j’attendais d’elle m’appartenait à moi seul. A ma vision de la vie, mes projections, mon jugement de ce qui est juste ou non. En réalité, ce qu’elle m’offrait d’elle était un vrai cadeau.

Chaque fois que nous faisions l’amour, chaque caresse, chaque baiser, chaque regard. Tout est cadeau quand je ne suis plus dans l’exigence.

Le colère est un thème du bien-être et j’entends souvent deux messages sur lesquels je partage une analyse.

Le premier conseil c’est qu’il ne faut pas être en colère parce que c’est mauvais pour la santé, c’est mauvais pour le mental, ça nous rend réactif et on peut blesser les gens qu’on aime. C’est vrai que la colère crée des tensions dans le corps et dans l’esprit avec des conséquences négatives. Mais quelqu’un qui ne veut pas être en colère est en réalité en colère contre la colère, il rejette une réalité de son être. De ce fait, il a encore plus de colère en lui. Elle est seulement réprimée parce que non assumée. C’est une double peine.

C’est encore plus de violence.

Le deuxième est que la colère permet de passer à l’action, et qu’il est bon d’en avoir. Oui, c’est vrai mais l’action sous colère est souvent moins efficace que l’action sans colère. Les samouraïs se battaient, s’entretuaient mais ils n’avaient pas de colère contre les ennemis. Ils avaient du respect pour le clan adverse. Pendant les croisades, les guerres entre chrétiens et musulmans, on a des récits. Les chrétiens avaient beaucoup de mépris envers les musulmans alors que ces derniers avaient du respect pour les chrétiens.

Un exemple plus personnel est que je n’aime pas me faire piquer par les moustiques. Pendant longtemps, quand j’entendais ou voyais un moustique, j’avais tout de suite une tension, une colère. Maintenant, quand je vois un moustique, je garde le sourire … et je l’écrase quand même. Il n’y a rien de personnel. Ce n’est pas un mauvais moustique. Il fait ce qu’il a à faire pour vivre et nourrir ses œufs. Il ne m’en veut pas personnellement. Moi, je fais ce que fait un homme qui ne veut pas être piqué. Je ne ressens rien contre lui.

Il essaie de me piquer. J’essaie de l’écraser. C’est la vie. Tout va bien. Je n’ai plus de colère et j’ai même de la gratitude pour ce que ça m’a enseigné : on peut agir sans colère en faisant la même chose … mais différemment.