Comme je prie, comme je fais l’amour

Le maître spirituel chrétien, Maître Eckhart, disait qu’il y avait deux manières de prier. Celle qui nous éloigne de Dieu et celle qui nous rapproche.

La première manière de prier, celle que fait quasiment tout le monde : La demande. Au nouvel an chinois, vous voyez les pagodes se remplir de “bouddhistes” qui viennent brûler de l’encens et faire des offrandes. Leur prière se résume à “S’il te plaît Bouddha, donne moi de la chance, de la fortune, de la santé, de l’amour, que ma famille se porte bien, que mes enfants réussissent leurs études, que mes affaires se soient florissantes.” Pour beaucoup de bouddhistes, Bouddha est un super père Noël à qui on demande toutes sortes de cadeaux.

Bien sûr, il y a quelques établissements où les gens viennent pour une recherche personnelle et spirituelle, mais si peu. Dans les prières chrétiennes que je connais, c’est le règne de l’impératif comme “Donne-nous”, “Pardonne-nous”, “Priez pour nous”, “Ayez pitié”. Nous demandons, nous quémandons, plus de ceci, plus de cela. Nous nous plaçons dans la position du petit enfant cherchant du réconfort auprès de son père et de sa mère. Nous sommes une victime de la vie qui s’adresse à son sauveur.

Nous exprimons le manque.

La deuxième manière de prier, c’est de remercier Dieu pour ses bienfaits. Si peu de fois notre prière a commencé par “Merci Seigneur”. Pourtant, c’est ainsi que nous pouvons reconnaître la grandeur de son œuvre, c’est-à-dire nous, notre vie, notre essence. C’est le moyen de ressentir le plein, la richesse de la vie, l’abondance que nous avons reçue.

Alors comment est-ce que je fais l’amour ? La question ne se pose pas de manière générale mais à chaque fois.

Est-ce que je le fais pour moi ? C’est-à-dire pour mon plaisir, pour me rassurer, pour qu’elle soit contente de moi, pour qu’elle me soit fidèle ? Même quand je le fais pour lui donner du plaisir cela peut être pour moi. Il n’y a pas de jugement, c’est seulement mon constat.

Je peux aussi essayer de me mettre en connexion avec la gratitude d’être en relation, en intimité avec ma partenaire. Ressentir qu’elle me donne sa confiance, sa présence. Apprécier la chance qui m’est donnée de toucher son corps, de la caresser et d’être par elle. Goûter la joie de l’instant de donner sans rien attendre. Comme donner un biberon à un bébé juste pour le plaisir de donner le biberon. Pas pour le nourrir, pas pour en faire une enfant puis un adulte qui va satisfaire mes attentes pathologiques. Non, aucune attente pour le futur.

Juste ici et maintenant.

Est-ce que je peux faire l’amour en disant merci à chaque seconde, chaque geste, chaque souffle ? Merci d’être là. Merci pour ta présence. Merci pour pouvoir te toucher. Merci pour pouvoir t’embrasser. Merci pour ton sourire. Merci pour ton abandon. Merci pour chaque élément de toi.

C’est une façon d’honorer ma partenaire. Et curieusement, en honorant ma partenaire, j’honore notre sexualité et je me sens à mon tour honoré par elle.

Deux façons de prier. Demander pour avoir ce que je n’ai pas ou remercier pour ce que j’ai déjà.

Deux façons de faire l’amour. Pour avoir ce que je veux ou pour honorer ce qui est déjà là.

Deux façons de poser mon regard. Vers un futur attendu imaginaire ou vers le présent. Sachant que l’un des deux est un présent.